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Exposés de nos grands arbitres

 11 - Communication entre partenaires
par Bertrand GIGNOUX
Solution de l'exercice d'entrainement n° 4

RAPPEL

Lorsque l'arbitre est appelé à la table après une hésitation, l'auteur de l'hésitation se sent souvent accusé et tente fréquemment de se justifier auprès de l'arbitre : " Regardez ma main, c'est normal d'hésiter, j'ai un problème !! ". Autant vous le dire honnêtement, l'arbitre s'en désintéresse complètement. Il est d'accord avec vous et vous comprend. Voici le point important :

Il n'est pas illicite d'hésiter. Une hésitation ne constitue, en aucun cas une infraction à condition que son auteur ait un problème de bridge à résoudre. Les arbitres, qui sont aussi, à leurs heures perdues, des joueurs de bridge se retrouvent, comme vous, dans des situations qui demandent une longue réflexion. Un arbitre ne vous reprochera jamais d'hésiter, si vous avez une décision à prendre. L'ennui est que l'hésitation véhicule souvent une information et que celle-ci est pratiquement toujours identifiable. Or, ce moyen de communication n'est pas autorisé. Donc, l'irrégularité ne survient que si le partenaire tire un quelconque profit de cette hésitation.

Cet exemple est fourni par la revue américaine " The Bridge World ".

La séquence d'enchères ( Personne vulnérable - Nord donneur ) se déroule comme suit :

Nord
Est
Sud
Ouest
1
1
1
Stop! 4
Passe *
Passe
4
Fin

Passe * = Après deux minutes de réflexion

Dans le système de la paire N / S, un éventuel contre à ce stade serait punitif.

L'hésitation est reconnue ; le jeu se poursuit avec un résultat de 4 juste faits : arrivée de l'arbitre.

Quelle sera, d'après vous, son attitude, selon que Sud détient l'un ou l'autre des trois jeux suivants ?

R D V 6 4 2

D 10 7 6 2

R 10 9 5 4 2

8

4 3 2

8 6 4

9 5

8 7 2

8 7

D V 5 4

R 8

R 5

Jeu n° 1

Jeu n° 2

Jeu n° 3

Jeu n° 1

Avec une telle main, tout joueur de bridge doit dire 4 : belle couleur, double fit, pas de défense contre 4 . L'hésitation suggère-t-elle cette enchère ? Sans doute pas. On imagine plutôt que Nord, court à , avec quelques valeurs à , avait envie de contrer 4 . L'enchère de 4 devient moins attractive après l'hésitation. Le score sera maintenu.

Jeu n° 2

Sans hésitation, l'enchère de 4 est pour le moins audacieuse. Après l'hésitation, la possession de la tierce à nous garantit que Nord n'envisage pas un contre punitif avec, à , un singleton ou une chicane. IL est certain qu'il envisage de surenchérir. Ici, l'hésitation suggère l'enchère de 4 en la rendant beaucoup plus attractive. L'arbitre attribuera donc une marque ajustée à 4 et déterminera l'issue probable de ce contrat.

Jeu n° 3

C'est le cas délicat. Sans hésitation, l'enchère de 4 est raisonnable :

  • quelquefois gagnante : l'adversaire peut gagner 4 , la défense à 4 étant profitable ; la manche peut même gagner dans les deux lignes ;
  • quelquefois perdante : la chute de 4 contrés pourrait être très lourde, pendant que l'adversaire, de son côté, chute 4 = crème renversée.

Mais, après hésitation, comme dans le cas précédant, la présence de trois cartes à permet à l'arbitre de tenir le même raisonnement. Le partenaire n'envisage pas de contre punitif. Passe est une possibilité logique d'action. L'enchère de 4 peut " raisonnablement avoir été suggérée par cette hésitation ". Le score sera là aussi ajusté, comme dans le jeu n° 2.