José Damiani - Je suis né le 7 juin 1939. Je suis marié et j'ai trois enfants. Après des études de Droit et de Sciences Economiques, j'ai entrepris une carrière professionnelle de chef d'entreprise qui m'a amené à collaborer avec de grands groupes français, italiens, anglais et américains. J'ai ensuite créé une société de marketing sportif et d'organisation d'événements que j'ai animée pendant 20 ans. Nous avons été impliqués dans des sports tels que la Gymnastique, le Hand Ball, le Rugby, la Natation, le Squash, le Golf, les Echecs et bien entendu le Bridge. Nous avons également été présents dans le mécénat culturel (cinéma, musique) et caritatif (Institut de Recherche sur la Moelle Epinière, Autisme,..). RL - Dans quelles circonstances, avez-vous découvert le bridge ? JD- J'ai découvert le bridge pendant mes études en 1958, mais je n'ai adhéré à un club qu'en 1969, après avoir lancé ma vie professionnelle et quand j'ai dû abandonner le tennis et le ski pour des problèmes d'ostéonécrose (des têtes fémorales des hanches). Là, j'ai eu la chance d'être pris en main par un homme exceptionnel, mon ami Léon Gamme, auquel j'ai succédé comme Président du Club du Raincy en 1972 qui a accueilli (et formé) de futurs grands champions comme Michel Perron, Catherine Saul (d'Ovidio) , Colette Lise et d'autres. RL - Quel a été votre parcours en tant que bridgeur, jusqu'à votre présidence à la FFB en 1978 ? Et ensuite ? JD- Grâce à un environnement de qualité, j'ai très vite grimpé les échelons du classement et avec notre équipe du Raincy, nous avons gagné notre premier championnat de France Interclubs en 1976, contre Paul Chemla et Michel Lebel entre autres, avec lesquels je l'ai regagné en 1988. J'ai eu la chance de gagner aussi trois fois la Division Nationale et de faire de bonnes performances internationales aux Championnats du Monde par paires et par KO (18ème, 4ème et 5ème), une médaille de bronze aux Championnats d'Europe par paires Mixtes (1998) et une médaille d'argent au Championnat d'Europe par quatre Seniors (1999), ... J'ai également été capitaine non joueur de l'équipe championne du monde aux Olympiades de 1992. J'ai pu faire aussi un certain nombre de places d'honneur dans de nombreuses compétitions et gagner des tournois par paires et par quatre dans un certain nombre de festivals. RL - Entre 1978 et 1983, vous présidez donc la Fédération Française de Bridge. En 5 ans, on peut réaliser pas mal de choses. Quelles ont été vos principales actions en faveur du bridge et des bridgeurs français ? JD - En 1978, après avoir présidé le Club du Raincy et doublé les effectifs en trois ans (entre 1972 et 1975), j'étais Président du Comité de la Vallée de la Marne et j'ai pu, là aussi, doubler le nombre de membres, il est vrai pas très nombreux à l'époque. Au retour des Championnats du Monde de la Nouvelle-Orléans, nous assistons à la démission du président de la FFB, François Bonhoure, qui avait lui-même succédé à Michel Bongrand qui avait donné une réelle impulsion au bridge français. Vous l'avez compris, j'avais moi-même la passion du développement, que j'ai d'ailleurs encore, le sens de l'organisation d'un chef d'entreprise, et malgré mon jeune âge (j'avais 39 ans à l'époque), j'ai été élu à la tête de la Fédération. Je voulais que celle-ci devienne la première en Europe et qu'elle se donne les moyens de réussir. J'avais des idées, l'enthousiasme et l'entourage d'une équipe d'hommes et de femmes qui partageaient les mêmes ambitions. On a pu ainsi mettre en place, malgré un budget réduit : - une structure administrative efficace au service des bridgeurs, des clubs et des comités ; - l'informatisation de la gestion des compétitions, dans les clubs, à l'échelon des Comités Régionaux et à l'échelon national ; - la répartition en différents niveaux : Promotion, Honneur et Excellence ; - l'informatisation de la gestion des adhérents et des Points d'expert ; - des sélections et des entraînements d'équipes représentatives pour toutes les compétitions internationales, avec une charte des droits et des devoirs réciproques ; - la création des programmes télématiques pour le dépouillement des tournois et des simultanés sur Minitel, avec Lucien Ayrinhac ; - le développement d'une politique de promotion et de communication ; - la création du bridge spectacle : Bridge Vision, avec Gérard Neuberg ; - la refonte des statuts pour rendre la Fédération plus performante ; - la création de l'Université du Bridge, avec Gilles Cohen ; - la mise en place du statut des Enseignants et du statut des Arbitres ; - L'introduction du Minibridge et la mise en forme d'un Standard Français ; - La transformation de la Revue Française de Bridge ; - La Maison du Bridge à Neuilly. Il est probable qu'aujourd'hui un certain nombre de gens l'ont oublié ou d'autres ne le savent pas, mais beaucoup s'accordent à reconnaître que ces 5 années ont été le fondement d'une fédération moderne au service des bridgeurs avec de véritables fêtes dans les finales à Cognac, Reims, Beaune ou Paris. Ce fut aussi une époque bénie au plan des résultats internationaux : - 1979 : médaille de Bronze à Lausanne ; - 1980 : médaille d'Or aux Olympiades de Valkenburg ; - 1981 : médaille de Bronze à Birmingham ; - 1982 : médaille d'Or aux Championnats du Monde par KO à Biarritz ; - 1983 : médaille d'Or en Hommes et en femmes aux Championnats d'Europe à Wiesbaden. Et une communication qui a vu Michel Lebel et Philippe Soulet accueillis au journal télévisé d'Antenne 2, de grands articles de Guy Dupont de plusieurs pages dans le Figaro Magazine, de Jean-Paul Meyer dans l'Express et Daniel Lahalle et Lucky Dana dans le Nouvel Observateur. De nombreuses interviews à la radio, dans la presse et à la télévision. Le résultat, dont je suis le plus fier, encore une fois, un doublement des effectifs : grosso modo, on est passé d'un peu moins de 20 000 membres en 1978 à un peu plus de 40 000 en 1983. J'ai laissé une Fédération en bon ordre de marche, avec des ressources humaines et financières (la Maison du Bridge a été payée avec 2 ans d'avance) et un véritable potentiel de développement. RL - Ensuite, vous devenez Président de la Fédération Mondiale de Bridge. Comment devient-on Président de la World Bridge Federation ? L'usage de la langue anglaise est-elle la règle ? JD - J'avais fait deux mandats de Président de la FFB et même si, à la lettre, j'aurais pu me représenter pour un 3ème mandat, car la réforme des statuts limitant le nombre à 2 ne s'appliquait évidemment pas encore, j'ai estimé que j'avais accompli ma mission et qu'il était essentiel que d'autres qui le souhaitaient prennent la relève, notamment Georges Chevalier, mon successeur. Par ailleurs, j'étais Vice-Président, de l'European Bridge League dont je pensais que je deviendrais Président et ce nouveau challenge m'intéressait. La tâche était lourde, mais passionnante, et c'était une étape nécessaire avant la Fédération Mondiale pour acquérir l'expérience de l'international, des psychologies différentes et pratiquer en effet l'anglais, langue officielle du bridge tant pour les administrateurs que pour les joueurs d'ailleurs. A cette période, j'ai : - négocié l'entrée de l'Union Soviétique au sein de l'EBL ; - organisé des séminaires de promotion, d'enseignement et d'arbitrage ; - rédigé et diffusé le Guide du développement ; - créé les championnats d'Europe Mixte (manifestation de masse de 1000 joueurs environ) et le Master Generali, pour l'élite ; - réalisé la refonte des Statuts et la politique des systèmes. Pour cette période, le nombre de pays membres est passé de 23 à 42 et le nombre d'adhérents de 180 000 à 360 000 et grâce a une étroite collaboration avec les sponsors, notamment Philip Morris et Generali, nous avons hissé le capital de l'EBL à un million de francs suisses. RL - Quelles sont les actions importantes que vous avez entreprises au sein de la Fédération Mondiale ? Avec quelles ressources ? JD - Là encore, la tâche était immense et je comptais bien m'appuyer sur mon savoir-faire en matière de développement et de marketing. C'était sans compter sur les freins naturels et une espèce d'égoïsme des nations. Toutefois, comme je l'avais annoncé dans mon Guide de développement, en 1989, nous nous sommes attelés à la recherche de la reconnaissance du Comité National Olympique que nous avons obtenu d'abord en 1995 comme organisation Internationale, puis en 1999 comme Fédération Internationale de Sport. En tant que Président de la Fédération Mondiale j'ai également obtenu pour la WBF : - l'adhésion à l'AFGIS (Association Générale des Fédérations Internationales de Sports) ; - le patronage de l'UNESCO pour l'enseignement du bridge à l'école ; - la reconnaissance officielle du bridge par la Fédération Internationale des Sports Universitaires (FISU) et l'organisation d'un championnat du monde de bridge universitaire. Nous avons créé différentes épreuves : World Transnational Open Team - Mixte Transnational Team - ... Le nombre de pays est passé de 90 à près de 125, mais le nombre de joueurs a stagné, du moins officiellement car les pays ne veulent plus déclarer leur nombre réel pour ne pas payer le demi-dollar par affilié. Au cours de ces huit années passées à la tête de la WBF, bien des succès ont été obtenus pour l'image du bridge avec des moments très forts à Pékin en 1995, où, entre-temps d'ailleurs, j'avais beaucoup développé les relations avec les dirigeants chinois et une retransmission télévisée des demi-finales et de la finale des Championnats du Monde à la CCTV qui a enregistré, m'a-t-on dit 10 millions de téléspectateurs. La promotion du bridge en zone africaine et pays musulmans : en Tunisie en 1997. L'extraordinaire couverture de presse en 2002 à Salt Lake City ou à Montréal (grâce à Bill Gates). Et tout cela, si vous voulez le savoir, sans ressources, sinon celles créées grâce aux sponsors puisque le budget de la WBF annuel jusqu'en 2002 était de 300 000 dollars pour son fonctionnement et encore 3 à 600 000 pour ses championnats selon la taille. RL - Quelles ont été les retombées pour la FFB ? Quel budget a consacré la FFB au financement du fonctionnement de la WBF ? JD - J'ai vraiment le sentiment que tout en assumant des charges internationales j'ai fait profiter la FFB de mon action qu'elle a d'ailleurs toujours soutenue. Sa contribution à la WBF était de l'ordre de 8 000 $ jusqu'en 2002 où elle devient nettement plus importante pour passer à 41 000 (1/2 dollar par affilié, hors juniors et scolaires) Mais elle a également fourni des personnels qualifiés (payés par la WBF) et le BridgeVision. En contrepartie, il y a eu des retombées directes, notamment en matière de communication avec les temps forts de télévision. En 1982 à Biarritz, en 1987 à Paris où TF1 a retransmis la finale du Championnat d'Europe par paires tout un dimanche après-midi, en 1990 où Canal+ a retransmis la finale du Championnat du Monde avec un million de téléspectateurs. En 1991, 92 et 93 où Antenne 2 a suivi le Simultané Mondial à la Tour Eiffel, avec un fil rouge pendant la journée et le soir, plus un magazine de 26 minutes. En 1996, une double diffusion du Master Generali sur Paris-Première avec deux millions de téléspectateurs. En 1998, avec une très bonne couverture médiatique des Championnats du Monde de Lille, de même qu'à Paris en 2001. Toutes ces organisations ont été financées hors budget fédéral, ce qui représente des sommes extrêmement importantes, mais j'ai évidemment été très heureux de le faire pour le bridge français et la FFB, auxquels j'ai également, professionnellement cette fois, apporté un certain nombre de partenaires sponsors de qualité pour des montants très élevés, sans équivalent dans le monde du bridge. Je mentionnerais évidemment ici la Société générale, mais aussi Louis Vuitton, Axa, Audi, Aberlour, etc. RL - Quelle est, d'après vous, la place du bridge français dans le bridge mondial ? JD- Le bridge français avait une toute première place dans le bridge mondial, tant par la présence et les résultats de ses champions et championnes, que par la qualité de son organisation, et, si vous le permettez, les fonctions occupées par un certain nombre d'entre nous. Jean-Claude Beineix à mes côtés à l'EBL et à la WBF Claude Dadoun était chef arbitre européen, Jean-Paul Meyer est chef commentateur de la WBF et vice-président de l'IBPA et tant d'autres qui ont contribué à l'enseignement du bridge, René Beurtey, Philippe Cronier, etc. J'ai peur que l'on traverse une crise aujourd'hui. Nos résultats ne sont plus là pour soutenir la réputation de nos joueurs, sauvée en partie heureusement par quelques satisfactions venues de nos championnes et de nos seniors. Surtout, notre croissance n'est plus là pour servir d'exemple et un grand trou est à redouter pour nos juniors. Il faut réagir vite et vigoureusement. RL- Après les défaites récentes des équipes de France aux Championnats du monde, (Paris - Octobre 2001), quelle est votre explication de ces échecs répétés ? Notre système d'enchères français y est-il pour quelque chose ? Ou ne pensez-vous pas plutôt qu'il manque à la FFB la volonté de définir et de mettre en uvre une véritable politique de formation et d'entraînement de nos élites, en y consacrant les moyens techniques et financiers nécessaires ? JD - Il y a incontestablement, depuis quelques années, un manque de coopération entre la Fédération et son élite qui mérite pourtant toute notre attention, et qui a beaucoup donné à la France. Le devoir des joueurs est d'abord de se constituer en paires solides et de travailler les systèmes d'enchères directes et surtout compétitives (c'est là où se fait la différence), les réflexes en flanc et de se montrer disponibles et préparés techniquement et physiquement pour les grandes épreuves avec la volonté de gagner. J'ai animé, dans cet esprit, des équipes semi-professionnelles (Martel ou Alcatel), qui se sont produites avec succès. La Fédération doit aider les joueurs matériellement et moralement. La Société Générale affecte un budget qui peut y contribuer. C'est donc plus une affaire d'état d'esprit, de volonté réciproque, de qualité de mise en uvre d'un véritable programme, que j'avais déjà préparé d'ailleurs, qu'un problème de système que les joueurs peuvent parfaitement et naturellement faire évoluer. RL - D'après vous, y a-t-il une différence de niveau entre le bridge féminin et le bridge masculin, comme certains le prétendent? Et, si oui, pourquoi ? JD- Dans toutes les interviews auxquelles j'ai répondu cette question revient et me paraît difficile et délicate. Je n'ai pas de réponse formelle et définitive. Je crois néanmoins que, globalement oui, le bridge féminin est moins fort , au plus haut niveau, mais qu'il y a des exceptions et des femmes très fortes. Je crois qu'il est faux de prétendre à l'égalité, en tout, entre les hommes et les femmes. Il faut admettre la différence et la complémentarité ! Il est possible qu'un chromosome particulier permette aux hommes d'être les meilleurs compositeurs de musique, alors que les femmes peuvent être de très grandes interprètes. De même que les hommes sont, semble-t-il, les maîtres de la recherche fondamentale en Mathématique alors que les femmes peuvent être brillantes en Physique ou en Chimie. Rien n'est véritablement prouvé, mais ce pourrait être un début d'explication. RL- Vous avez pensé un moment que le bridge pourrait être un sport olympique : qu'en est-il, aujourd'hui ? Croyez-vous que le grand public (à commencer par les médias audiovisuels) va enfin s'intéresser au bridge comme une activité ludique et spectaculaire à part entière ? Ou comme le dit Paul Chemla, « le bridge, en tant que " sport médiatique " ne pourra jamais intéresser qu'un public averti. Par ailleurs, un bridgeur a besoin de réfléchir, les joueurs trop lents finiraient par lasser les spectateurs éventuels ». Aux échecs aussi on réfléchit, et pourtant récemment les journaux se sont fait l'écho du match Homme contre Machine, Kramnik contre Deep Fritz, à Bahrein, qui s'est d'ailleurs soldé par un match nul en 8 parties ? Qu'en dites-vous ? JD - Je me suis battu pour obtenir la reconnaissance du bridge comme un sport parce que je crois profondément que c'en est un par son organisation et la compétition à laquelle il donne lieu et qui nécessite une bonne forme physique. On ne peut dissocier le cerveau du corps et les sportifs doivent se servir de leur tête autant que de leurs muscles et inversement pour le bridge. Mens sane in corpore sano. Cela étant, que le bridge devienne discipline Olympique est un autre pari qui vaut d'être tenté. Quand un sport devient Olympique, chaque fédération nationale est reconnue de facto par son Comité National Olympique, ce qui est une source d'aides financières et de soutien logistique. Actuellement, la moitié de nos membres (soit une soixantaine) font déjà partie de leur Comité National Olympique, ce que recommande malgré tout le Président du CIO, Jacques Rogge. Le CNOSF n'a toujours pas accueilli la FFB et, s'il le fait, ce que j'espère après la reconnaissance du Ministère, ce sera probablement comme membre associé pour ne pas avoir à partager la manne financière. Notre action, en ce sens, est donc à la fois légitime et nécessaire. Nous sommes candidats aux Jeux Olympiques d'Hiver, alors que nous avons été déclarés inéligibles pour Pékin 2008 pour lesquels nous n'avions jamais rien demandé. Cela étant, je ne suis pas très optimiste, sauf à convaincre le CIO de nous laisser organiser l'Olympiade des sports de l'esprit avec les Echecs et le Billard, quelques jours avant les sports de neige ou de glace, comme nous l'avons fait à Salt Lake City. Nos sports, qui n'ont pas besoin d'infrastructures spéciales, apportent une véritable contribution, économique et sociale, complémentaire aux stations de Sports d'Hiver. Le seconde partie de votre question doit également être abordée sous deux aspects différents. Vous évoquez en effet à la fois l'aspect spectaculaire ou non du bridge et ses retombées médiatiques. Quoi qu'on en dise, le bridge peut être un véritable spectacle grâce aux techniques mises en uvre aujourd'hui (et dont j'ai été le précurseur à Biarritz), grâce aux commentateurs, grâce au score auquel donne lieu chaque donne. J'ai organisé une bonne vingtaine de grands championnats internationaux dans le monde entier et une bonne vingtaine encore de bridge spectacle, avec la Société Générale, en France, avec des salles proches de 1000 personnes ou plus. L'ambiance est souvent extraordinaire et le spectacle, la plupart du temps, passionnant. Evidemment, pour l'apprécier pleinement, il faut connaître le bridge, mais même les béotiens se laissent emporter, pour un temps court en tout cas, par chauvinisme ou par l'humour, etc. La transposition à la télévision a été faite et réussie, comme je vous l'ai dit précédemment, d'autant que nous ne sommes pas obligés de faire du direct. Dans le montage, en différé, nous pouvons donc supprimer les temps morts, de trop longues réflexions et rythmer agréablement la partie. En fait, moi qui ai également participé à l'organisation du Tournoi des Candidats au Championnat du Monde des Echecs à Montpellier, en 1985, je peux vous assurer que le bridge est beaucoup plus télégénique pour autant que l'on en connaisse les rudiments.. C'est la raison pour laquelle, il est primordial d'enseigner le bridge à l'école, pour que plus tard des millions de téléspectateurs s'y intéressent. Quant à l'aspect médiatique que vous évoquez à travers les Echecs, vous devez vous rendre compte vous-même que c'est l'événement proposé plus que la nature même du jeu qui est en cause. Les médias se sont intéressés aux Echecs quand ils opposaient l'Est à l'Ouest, Spassky et Fisher, puis quand on mettait en scène le dissident Kasparov contre l'apparatchik Karpov et enfin l'homme contre la machine. En fait, on communique bien quand on a quelque chose à dire et que l'on sait comment vaincre la dictature des médias qui eux décident de l'événement. J'ai obtenu des retombées importantes à travers le Simultané Mondial qui était en soi médiatique avec 102 000 joueurs - record Guinness - avec la participation de personnalités dans différents championnats (tels récemment Bill Gates, ou Omar Sharif ou d'autres encore) ou encore le concept Bridge et Olympisme. Il ne faut donc pas désespérer de la communication du bridge. Il faut l'aborder en professionnel. RL- N'y a-t-il pas du côté de la FFB un gros effort à faire pour mieux aller vers le public ? Les outils pour mieux communiquer (sur le bridge) sont peut-être à inventer ? Avec les BD (la seule BD sur le bridge date de 1986), les jeux vidéo, et surtout Internet, on devrait pouvoir trouver quelque chose pour interesser un plus grand nombre de « joueurs », notamment les jeunes. Qu'en pensez-vous ? JD- La raison de ma récente candidature à la présidence de la FFB était précisément la réorganisation de la gestion du développement à travers la communication. Je crois que le passé n'est pas forcément garant de l'avenir, mais j'avais prouvé, il y a 20 ans, qu'on pouvait réussir et j'avais toutes les idées nouvelles pour s'adapter à la situation d'aujourd'hui et opérer un nouveau redéploiement. Je ne vous cache pas que j'ai été un peu surpris et déçu du peu d'intérêt suscité auprès des dirigeants, qui apparemment, ne sont pas prêts à faire le gros effort dont vous parlez et que je revendiquais dans le programme que je leur ai soumis. Ils ne s'intéressent pas davantage aux techniques que j'entendais développer avec une expérience professionnelle que personne, au moins, ne me conteste. Marketing et communication ont occupé 20 ans de ma vie, en même temps que le bridge était ma passion. J'ai pu les réunir. Encore faut-il avoir l'autorité de l'action. Les français l'ont refusée. Sauront-ils mettre en uvre les moyens, créer les nouveaux outils, sans moi ou avec moi, si on renoue une collaboration que d'autres fédérations jugent nécessaire, l'avenir le dira. Pour répondre plus précisément à votre question, j'ai développé tout un plan de communication comme un guide du développement (les internautes peuvent se reporter à mon programme (Ndlr : paru dans la Revue Française du Bridge n° 754 de Septembre 2002) et, bien sûr, j'utiliserais Internet (sous différentes formes et sous différentes applications) où j'ai déjà fait mettre les programmes de formation aux enseignants, d'une part, et les leçons aux élèves, aux jeunes notamment, d'autre part. RL - Pour conclure, comment voyez-vous l'avenir du bridge dans le monde ? JD- Je suis très pessimiste et ne le cache pas depuis mon rapport au Congrès de la WBF à Montréal. Un corps qui ne se développe pas est destiné à mourir prématurément. Un ensemble qui ne se renouvelle pas ne peut exister durablement. Or, nous rencontrons aujourd'hui une véritable résistance de la part de dirigeants qui ont vieilli, en même temps que la population dont ils ont la charge d'ailleurs et qui refusent de s'investir dans le développement et de se doter des moyens nécessaires. Je précise d'ailleurs que ceux-ci ne sont pas très onéreux car le développement est surtout affaire de volonté et de savoir-faire (que j'ai explicité dans mon Guide du développement). Au niveau de la WBF, nous n'avons aucun moyen financier, sauf à les trouver auprès de sponsors (j'ai amené près de 4 millions de dollars en 8 ans) pour aider efficacement les pays qui le souhaitent, alors que d'autres, mieux nantis, voudraient même nous l'interdire. Il ne nous reste que la possibilité de porter la bonne parole. C'est la raison pour laquelle je voulais prouver, à travers la France, ce qu'il était possible de faire. J'étais convaincu qu'on pouvait faire de la FFB un modèle et la première fédération mondiale. Il ne nous reste plus qu'à convaincre de la nécessité d'enseigner le bridge à l'école de par le monde, mais sans volonté et sans moyens matériels, ce sera difficile et c'est bien tard, car il faut du temps et celui-ci nous est compté. J'ai néanmoins mis en place une cellule avec Sabine Auken pour l'Europe et Sharon Osberg pour le reste du monde pour m'assister et bénéficier de leur aura de championnes du monde (et partenaire de Bill Gates pour Sharon) dans ce domaine. Mais le bridge est en concurrence avec beaucoup d'autres sports ou activités (les jeux vidéos dont vous parlez, souvent moins intelligents ), mais aussi à bien d'autres sports qui se démènent pour attirer les jeunes. Si ceux-ci ne sont même pas informés de l'existence et des perspectives qu'offre le bridge, ce qui est presque le cas aujourd'hui du fait du laxisme ambiant, nous assisterons simplement à la " chronique d'une mort annoncée " Dommage ! Le bridge, c'est magnifique ! RL - Je vous remercie bien sincèrement, Monsieur le Président, d'avoir accepté de répondre à TOUTES mes questions. |